Itaëll

 

Chapitre 1 : L’arrivée

 

 

"Lorsque le sceau sera brisé

Sur ce monde s'abattra le fléau."

 

 

Aiwë sortit de la voiture et resta, là, à contempler la maison. Sa nouvelle maison. C'était une maison récente, en forme de L et au crépis jaune. A droite, une barrière rejoignait une haie de troènes et clôturait un grand jardin dans lequel un bassin faisait miroiter le soleil. Très joli. Mais ça ne remplacerait pas son ancienne maison, son parc avec le bosquet, avec ses parterres de roses qui répandaient leur parfum au printemps, ni l'intérieur boisé et rustique de la maison. Et encore moins sa chambre, son territoire, son repère à elle.

La jeune fille soupira. Il faudra pourtant bien qu'elle s'y  fasse, à cet endroit. Elle ne retournerait jamais aux Pins, la propriété provençale. Du moins, pas avant plusieurs années.

Ce nouvel endroit où elle habiterait maintenant se trouvait en Breta­gne, dans un joli petit trou perdu qui s'appelait Lannilis. La mer ne se trouvait qu'à quelques kilomètres et l'esprit breton résistait encore dans cette partie de l'Armorique. Joli et pittoresque. Mais il lui faudrait du temps pour s'y habituer.

 

Aiwë se décida à avancer et entra dans la maison plusieurs minutes après le reste de la famille. Le partage des chambres avait déjà com­mencé mais elle ne s'y intéressait pas. Qu'importe la forme, l'emplace­ment, la taille de la chambre. Ce qui importait, c'est ce qu'elle en faisait ensuite. Une caverne orientale, repère d'Ali Baba, un terrier où se reposer et où personne ne pénétrait excepté le maître des lieux. Miroir, tentures pendues sur les murs, tapis espagnol, tout pour rappeler l'Orient et le mystère.

Pour l'heure, la jeune fille visitait la maison, laissant les frères se disputer la possession de la chambre *la mieux*. La cuisine possédait une table à pied accrochée à un comptoir, le salon était vaste mais pas tant que ça, le bureau était petit - non, pas petit, minuscule. Juste la place d'y fourrer deux bureaux -, mais la maison était paisible et les immenses portes vitrées sur le mur Sud donnait une impression d'ouverture et de grandeur.

Le tumulte s'était apaisé, là-haut. Aiwë monta pour découvrir la chambre qu'on lui avait attribué. Apparemment, c'était la plus petite. Evi­demment. Mais ça créait un sentiment d'intimité et de tranquillité que les grandes pièces n'avaient pas. Elle lui plaisait bien. Tant mieux. Dans son esprit, Aiwë avait déjà placé ses possessions et elle ne voyait plus le vide de la mansarde. Elle se laissa glisser contre le mur et se perdit dans une de ses habituelles rêveries éveillées.

 

 

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